Journal étudiant de Coralie Nadeau

l'Opiniâtre

Qui n'a jamais fait la fameuse blague aux jeunes de secondaire 1 : « Vous n'êtes jamais allés à la piscine du 7ième étage ? ». Ou mieux encore : « Si vous causez trop de problèmes en classe, ils vous envoient au septième et vous torturent avec des techniques ancestrales datant du Moyen Âge ».

Lorsqu'on se rend jusqu'au dernier palier de l'escalier C,

quiconque se retrouve devant la fameuse porte dotée

d'une serrure à cinq chiffres ressent de puissants frissons.

Mais pourquoi tant de peur ?

Pour cela, il faut remonter aux origines du septième étage…































Le 7ième étage :

La légende































Partie 1


La mauvaise idée



Dans des temps immémoriaux, bien avant la création du Ipod et d'Internet, une école nommée Collège Mont-Saint-Louis fut bâtie. C'était une école prestigieuse où tous les parents se pressaient d'y placer leurs enfants. Tous les élèves (même  s'ils ne le laissaient pas paraitre) étaient fiers de porter l'uniforme classique aux teintes de bourgogne et de bleu marine.


L'édifice principal comportait à la base six étages, mais un septième étage fut ajouté un peu plus tard, pour ranger du matériel de maintenance. Officiellement, les seules personnes qui étaient autorisées à y entrer étaient les concierges et les électriciens. Normalement, les élèves auraient eu un malin plaisir à venir flâner et faire des choses douteuses au dernier étage. Mais, la nature humaine étant ce qu'elle est, les jeunes étaient bien trop paresseux pour monter sept étages. Les casiers étaient un lieu bien plus intéressant, d'autant plus que la gravité facilitait la descente au sous-sol. De plus, à cette époque, il n'y avait pas de serrure pour empêcher les gens d'entrer au septième, alors l'absence d'illégalité ne motivait pas les adolescents rebelles à s'aventurer sur ce dernier niveau.


Bref, en ces temps anciens, le septième étage ne fascinait pas grand-monde. Plusieurs ignoraient même qu'il en existait un. Cette partie du bâtiment aurait sans doute continué d'être ignorée si, un jour, trois élèves n'avaient pas fait leur entrée au Collège.


Le premier élève était un petit garçon nommé Jean. Il aimait beaucoup les sports et les jeux de mots. Même quand les gens ne riaient pas à ses blagues, Jean ne se décourageait pas pour autant ; certaines personnes ne comprenaient tout simplement pas son humour.


Le deuxième élève était un garçon nommé Yvan. Il avait une personnalité calme et plutôt renfermée, ce qui ne correspondait pas avec sa carrure de footballeur professionnel.


La troisième élève s'appelait  Marie. Elle était très extravertie et aimait beaucoup jouer avec des poupées. Toutefois, sa réputation de fille populaire ne lui permettait pas d'avouer son obsession pour les jouets.



Cela faisait déjà plusieurs mois que les trois amis avaient fait leur entrée au secondaire, et ils aimaient beaucoup leur nouvelle école. Malgré tout, Jean était en manque constant d'action et finissait souvent par s'ennuyer pendant les cours.


Un matin, Jean était arrivé plus tôt et attendait que la cloche sonne dans la cafétéria. Il pensait à différentes choses qu'il pourrait faire pendant le midi, pour se divertir. Le garçon n'avait jamais rien fait de très dangereux (à part la fois où il avait joué au football avec un colosse de secondaire cinq. Ce dernier l'avait plaqué si fort qu'il avait failli être écrabouillé vivant !). Mais, ce matin-là, il se sentait prêt à faire des prouesses risquées qui lui permettraient de charmer quelques jolies filles de sa classe.

Quand Marie et Yvan vinrent le rejoindre à la table, une idée lui était venue à l'esprit.

      -     Eh ! Ça vous dirait d'aller monter sur le toit avant les cours ? On a encore une demi-heure à tuer.

Marie, la fille responsable de leur groupe, était plutôt réticente.

      -     On n'a pas le droit d'aller sur le toit, c'est réservé pour les concierges, avança la jeune fille.

      -     Oui, renchérit Yvan. En plus, il paraît qu'un fantôme y habite. Quand on se rapproche du bord, il hurle          comme un loup et vous pousse dans le vide !

      -     Allons, vous n'allez pas sérieusement croire qu'il y a un fantôme sur le toit ! s'emporta Jean. Je vais vous prouver qu'il n'y en a pas.

Le garçon se leva, prit son sac à dos et se dirigea vers les escaliers. Il ajouta avant de perdre ses amis de vue :

      -     Vous pouvez venir avec moi et vous éclater, ou alors attendre sagement sans rien faire.

Les deux amis encore à la table se fixèrent, puis Marie dit :

      -     Ce n'est pas sage de le laisser aller faire quelque de chose de stupide tout seul.

Opinant du chef, Yvan suivit Marie vers la cage d'escalier.


***


Alors que les trois acolytes gravissaient les hautes marches de l'escalier C, Marie tenta de dissuader Jean d'entreprendre sa folle idée et brisa le silence :

      -     Tu sais, si jamais tu tombes, tu pourrais te casser la colonne vertébrale et mourir instantanément, avança la jeune fille. Et ça, c'est juste si tu es chanceux. Tu pourrais aussi te casser tous les os du corps et souffrir pendant de longues minutes avant de mourir de tes hémorragies.

      -     Je ne suis pas irresponsable, contrairement à ce que tu sembles croire, répliqua Jean. Je ne veux pas m'approcher du bord, mais juste observer les alentours pendant quelques minutes. Quoi que… si on avait une corde et un lance-grappin, on pourrait se fabriquer une tyrolienne vers le bâtiment Prieur. Imagine la mine déconfite des grands de secondaire 5 s'ils me voyaient faire une cascade digne de Mission Impossible !

      -     Pourquoi faut-il toujours que tu penses aux scénarios les plus dangereux ? se désola Yvan.

Jean bomba le torse d'un air plein d'audace.

      -     La vie ne vaut pas la peine d'être vécue s'il n'y a pas un peu de danger, se justifia le jeune garçon.

      -     C'est toujours ce que disent les héros téméraires, fit remarquer Marie. Jusqu'à ce qu'ils meurent dans un accident stupide…


***


Arrivés devant la porte du septième étage, ce niveau dont personne ne parlait jamais, les trois amis s'assirent en s'adossant au mur pour reprendre leur souffle. Pendant un moment, sur le palier éclairé par un unique néon, le seul bruit qui troublait l'accablant silence était la respiration bruyante des trois élèves. Il faisait chaud au dernier étage, et Jean pouvait sentir une goutte de sueur perler sur sa tempe. Soudain, le néon clignota, plongeant pendant une fraction de seconde l'entièreté du petit palier dans une quasi-obscurité.

Les trois adolescents tressaillirent.

Yvan, l'élève le plus sensible et qui se souciait le moins de l'opinion des autres à son égard, chuchota doucement :

     -     Je n'aime pas ça.

Marie prit le temps de calmer sa voix avant de répondre.

     -     Il n'y a pas de quoi s'inquiéter, Yvan, le rassura-t-elle. Ce néon est très vieux et ne fonctionne pas bien, voilà tout.

Jean déglutit. Lui non plus n'avait pas eu un bon pressentiment avec ce néon dysfonctionnel. En fait, depuis qu'ils avaient mis le pied sur le palier, le jeune garçon se sentait tout drôle et avait comme un nœud dans l'estomac. Toutefois, il était bien trop fier pour avouer ses sentiments comme le faisait Yvan. Se donnant des gifles mentales, Jean repris le contrôle de lui-même et se leva d'un bond.

     -     Allez, ce n'est pas le moment de vous dégonfler, les asticota-t-il. Nous devons monter sur le toit avant qu'un concierge ne passe par ici.

     -     Enfin, Jean, ça ne sert à rien de continuer, intervint Marie. Si jamais on nous aperçoit sur le toit, on va avoir de gros ennuis. En plus, la cloche sonnera dans peu de temps. Je ne veux pas arriver en retard à cause de tes bêtises.

     -     Si tu veux être sage comme une image, retourne en classe toute seule, parce que moi, je continue. Pour ce qui est des billets de retard, j'en ai déjà tellement qu'un de plus ou un de moins, ça ne fera pas de grosse différence. Allez Yvan, suis-moi, ordonna-t-il.

La vérité, c'était que Jean n'avait plus très envie de continuer seul, et la présence d'Yvan (même si ce dernier avait plus peur que lui) le rassurait.

     -     D'accord, accepta Yvan à contrecœur. Mais on fait vite d'abord.

Pestant contre ses deux amis aussi têtus que des ânes, Marie finit par avancer avec eux vers la porte.

« J'ai comme l'impression que je vais le regretter. » se dit-elle.

Mais il était trop tard pour faire marche arrière.

Jean s'approcha alors de la grande porte en chêne, respira un grand coup et, ayant l'étrange impression que sa vie allait être marquée à jamais, il tourna la poignée dorée…




À suivre…